En quête de confort, de détente et de soulagement de la pression ? Désirez-vous un endroit baigné dans la nature, loin du bruit des villes ? Rêvez-vous d’un voyage dans le temps où vous pouvez vivre une expérience inédite ? Votre destination est le village Gharb Soheil. Ce village couleur arc-en-ciel dont le Progrès Egyptien vous a brièvement parlé il y a quelques jours.
Notre tournée se poursuit dans ce village de quelques 4000 habitants. Avant de travailler dans l’écotourisme, ces derniers travaillaient dans la pêche et le commerce. « Après la construction du réservoir d’Assouan, les habitants du village ont vendu leurs bateaux de pêche pour la plupart et se sont convertis en professionnels de tourisme », nous raconte, Gharib, un chauffeur de taxi collectif, sympa et très serviable.
A environ 20 minutes de la gare d’Assouan, se situe le village Gharb Soheil. Pour y arriver, le taxi collectif longe la longue corniche de la ville d’Assouan. Les calèches, stationnées sur le côté de la route, attendent les touristes qui y montent pour une promenade dans la ville, alors que notre taxi continue son chemin. En route, il passe par le bâtiment de la Télévision d’Assouan, une grande cathédrale, le Musée de la Nubie et le Musée du Nil. Une perle architecturale du style ottoman pointe le nez. Plongé dans une magnifique verdure, un superbe établissement surgit, avec à l’entrée des hommes en costume, coiffés de tarbouche ! « C’est le Old Cataract », sourit le chauffeur qui remarque bien l’émerveillement mêlé aux regards interrogatifs de ses passagers. Il leur explique que c’est bien dans cet hôtel qu’a été filmé le feuilleton « Grand Hôtel », qui a suscité la nostalgie de pas mal de téléspectateurs égyptiens dont les compliments avaient inondé et l’auteur de l’œuvre et les comédiens.
Le taxi collectif emprunte une étroite pente pour enfin accéder au village : Gharb Soheil. Gharb, c’est l’ouest, et Soheil est, semble-t-il le nom donné à une île du Nil. Donc le village se situe à l’ouest de cette île. Comme nous sommes bel et bien en Nubie, les maisons ici sont un tableau de couleurs. Gharb Soheil est une véritable adresse de charme pour qui cherche tranquillité et convivialité à quelques minutes du centre bruyant de la ville. Un petit paradis sur terre, des couleurs chatoyantes qui font du bien au moral. Si vous cherchez un lieu différent, hors des sentiers battus, ce village est celui qu’il vous faut.
A Gharb Soheil, on ne parle pas d’hôtels, proprement dit. Ce sont plutôt des maisons nubiennes, avec leurs fameuses voûtes et vives couleurs, qui vous accueillent. Chaque maison porte un nom nubien au sens vraiment symbolique. Nous citons, à titre d’exemple, Anakato qui signifie «notre maison », ou aussi Kato Dool «La grande maison ». Kato signifiant maison. Le trait commun de toutes ces maisons d’hôtes est le personnel aux petits soins qui vous reçoit avec des verres de karkadé rafraîchissant, boisson typique à ce village. Un poste d’observation idéal, depuis la terrasse, du Nil, sa flore, ses quelques pêcheurs et ses innombrables felouques de touristes, qui sillonnent paisiblement le fleuve, et qui vous combleront de bonheur. Avec en prime une cuisine traditionnelle simple mais délicieuse, maniant les spécialités locales et les épices régionales à la perfection.
Les maisons voûtées et gaiement peintes vous font plonger dans une ambiance nubienne, ne provenant seulement rien que de la déco et de leur structure. Dans les maisons d’hôtes, il n’y a pas besoin de piscine, vous avez le Nil au bas de l’escalier, particulièrement rafraîchissant et très propre, pour une baignade. Pour faire le tour du village, une balade à dos de chameau serait agréable. Il faut tout de même signaler que la principale et seule rue du village est transformée en boutiques à ciel ouvert. Il est difficile de ne pas être sollicité tous les 50 centimètres, par les vendeurs. Avantage, si vois restez plusieurs nuits, vous connaîtrez vite tout le monde ! Il arrive souvent que des femmes et des enfants vous talonnent aussi, pour vous convaincre de leur acheter colliers, bracelets, foulards, d’ailleurs vraiment magnifiques. Comme cette vieille dame, très connue de tout le village, du nom de Fatma. Hadja Fatma vous surprend au coin de chaque maisonnette. Son visage basané et ridé est illuminé par son sourire enfantin qui révèle une unique dent encore suspendue à sa mâchoire supérieure. Hadja Fatma parle nubien. Elle en est fière et affirme que grâce à sa génération la langue nubienne survit jusqu’à nos jours. « Le nubien n’a pas d’alphabet. Mais on tente à présent de l’écrire en utilisant l’alphabet arabe. Les grands le parlent entre eux, mais dommage la jeune génération qui part vivre à Assouan l’emploie de moins en moins », explique Gharib, le chauffeur du taxi collectif.
Pour toutes les villes de Haute-Egypte en bord de fleuve, le Nil constitue une frontière avec d’un côté la rive urbanisée et de l’autre la rive agricole. Assouan n’échappe pas à la règle avec cependant la particularité d’un fleuve à cet endroit, au village nubien de Gharb Soheil, rétréci dont le flux contrarié par les cataractes, tourbillonne violemment entre les îles devenues pour certaines des réserves naturelles. Le village de Gharb Soheil se situe sur la rive opposée d’Assouan. Un long chemin de terre, le seul et l’unique, traverse le village nubien avant de disparaître au pied du sable fin de la grande dune. Ce site est privilégié, le calme absolu, sauf quelques mélodies nubiennes qui transpercent le silence pour vous chatouiller les sens. Couleurs éclatantes, décors naturels, sourires aux lèvres, l’ensemble ne manque pas de charme.
L’environnement permet des balades en bateau magnifiques, bien plus agréables que les excursions trop chères proposés depuis Assouan, le surf des sables sur la grande dune, des promenades à dromadaire le long des rives sablonneuses du Nil et la découverte du village nubien, certes touristique, mais largement plaisant et intéressant. Ici point de harcèlement, le sourire vous accompagne partout où vous marchez. Vous pourrez retourner sous toutes les coutures les crocodiles empaillés du lac Nasser. Ne soyez pas tentés, c’est une espèce protégée.
Savez-vous nubien ?
Achkirine, est le nom de l’ancienne langue nubienne. Le nubien, comme le berbère (siwi) et le beja, est une langue parlée en Egypte par une minorité de personnes, les Nubiens, habitants de la Nubie, qui vivent dans une région périphérique. Néanmoins, c’est une langue attestée depuis une période ancienne et fait, de ce fait, partie intégrante de l’héritage culturel et historique de l’Egypte.
Apprenons quelques mots nubiens avec Hadja Fatma, Gharib et Mona, une fille travaillant dans une maison d’hôtes du village. « Ekadolli », je t’aime. «Ena fiadi », au revoir. « Sayir Bijou », où allez-vous ? « Dolty », amour. « Ichrinkine », la belle des belles. « Maskagna », paix sur vous. « Kato Dool », la grande maison. «Essi », l’eau. « Messi », l’œil. « Wessi », l’étoile. « Ossi », la jambe. « Gozki », la gorge. « Kato », la maison. « Ekinéra », comment vous vous-appelez ?